Création, production, distribution 





















HORS-TITRE
Un film de Wiame Haddad
France, 4 min, 2021, Super 8

Un homme sort de sa chambre pour rejoindre une marche pacifique pour l’indépendance de l’Algérie un soir d’octobre 1961 à Paris. Une photographie reconstitue le hors-champ de l’événement à travers les fragments d’un quotidien en suspens.

Image : Jake Wiener
Montage : Randa Maroufi
Production : Léa Morin
Distribution : Talitha /  talitha.contact@gmail.com

SELECTION FRANCAISE, FESTIVAL CINEMA DU REEL 2022







Ce court film Super 8 de l’artiste Wiame Haddad présente une chambre mansardée en une cinquantaine de plans brefs. Les restes d’un déjeuner, les piles de livres, les valises au sol et l’horloge ancienne peuvent un temps faire croire à un document de l’époque datée par quelques journaux jetés sur des draps froissés – janvier 1961, référendum sur l’autodétermination de l’Algérie. C’est compter sans l’apparition d’un homme posant dans l’entrebâillement de la porte, le doigt sur l’interrupteur, puis rejouant son départ avant que la fin d’une bobine n’entraîne mécaniquement sa disparition. Il est désormais clair que nous assistons à la fabrique d’un document, dont la seconde partie montre les coulisses : une équipe de tournage s’affaire entre deux lampes à éclairer la scène pour les besoins d’une photographie à la chambre. Présenté à l’origine en regard de ce grand format (150×186,95 cm) intitulé À propos d’une chambre occupée (vision d’une soirée d’octobre 1961), évoquant aussi bien les conditions de vie des Algériens dans la banlieue parisienne que la chambre arlésienne de Van Gogh ou la chambre détruite de Jeff Wall, la présence de ce film instaurait cette dialectique entre photo et cinéma dont Le Petit Soldat avait fixé la formule : la vérité vingt-quatre fois par seconde. En devenant autonome, Hors-titre renforce la puissance d’évocation et la fragilité du fragment, aussi bien que la contemporanéité du décor. D’un côté, tous ces détails intimes racontent ce dehors que le protagoniste fuyant s’apprête à rejoindre : la répression meurtrière et occultée de la manifestation du 17 octobre 1961 par la police de Papon. De l’autre, ils évoquent la condition actuelle de ces chibanis vieillissant dans des chambres mansardées, auxquels l’artiste vient, dans un geste émouvant, apporter des fleurs.

Antoine Thirion (Cinéma du Réel, 2022)


Wiame Haddad (1987) est diplômée de l’ESAD de Valenciennes, et de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre à Bruxelles. Le travail de l’artiste prend l’ampleur d’une étude photographique et cinématographique qui constitue une recherche éthique et formelle. Cette recherche se double d’une aspiration pour ce que l’on ne voit pas. L’artiste se concentre sur les corps oubliés par l’Histoire. C’est autour de ce creusé des invisibles que se dessine l’œuvre de Haddad. Elle développe des projets artistiques, sculpturaux, photographiques et cinématographiques qui portent en eux les enjeux d’une tension du corps comme signifiant du politique. Elle vit et travaille à Paris.










© Talitha, 2021