︎ Histoire off, 26 min (1989)
︎ Une manière de vivre (Travelling), 30min (1985)
︎ Un film raté, 10 min (1983)
︎ De la vie des amateurs, 30 min, (1982)
︎ Pour une vie meilleure, 31 min (1981)
︎NUMÉRISATION :
Numérisation menée par Talitha au sein du laboratoire Peliskan (Bruxelles) à partir des copies Super 8 et 16mm conservées par le cinéaste, 2025
Projet mené par Kenza Belarbi et l’équipe de Talitha.
︎PROJECTIONS :
Festival Obskura, Rennes, 2025
Festival de cinéma de Béjaia, 2025
Festival mondial des cinémas sauvages, Bruxelles, 2026
︎DISTRIBUTION :
HAMID BENAMRA
www.nunfilm.com
et
TALITHA
talitha.contact@gmail.com
Ne pas hésiter à nous demander des liens de visionnage si les films vous intéressent (pour des programmations, des recherches ou même par intérêt personnel).

Les premiers films de Hamid Benamra
Originaire du quartier de la Glacière à Alger (il vit aujourd’hui en France), Hamid Benamra réalise ses premiers films dans les années 1980 en Super 8, et 16mm. Autodidacte, son école de cinéma est la Cinémathèque algérienne. Quand il arrive à se procurer une caméra, il commence à filmer la vie, les aventures et les errances des jeunes de son quartier. Il a 17 ans.
« L’objet c’était de se raconter, au cinéma. Le plus important étant de faire du cinéma, de filmer, quelles que soient les limites du sujet » (Les Deux Écrans, 1979)
Dans ses films, il met en scène sa passion du cinéma (des bains de pellicule, des sandwichs de pellicule) ou raconte le film en train de se faire, et se défaire. Il filme ses angoisses et ses espoirs, dans des séquences inventives et symboliques, mais aussi la vie, « les rues, les terrains vagues, l’ennui, l’absence tragique de perspectives, le contexte socio-culturel d’un groupe d’adolescents ». Ou encore des gestes de karaté, sa deuxième passion !
La critique Mouny Berrah (Les Deux Ecrans) écrit de La vie des amateurs qu’il contient « une belle et longue séquence d’interview qui montre que les enfants de Godard ont intelligemment essaimé aussi dans les banlieues d’Alger, saisissant au vol, leur rapport, son rapport au cinéma. »
Dès 1979 ses films sont montrés dans les cinémathèques d’Algérie, mais aussi au Festival des films Super 8 de Bruxelles, ou encore à Ouagadougou.
En 2024, nous lui proposons de numériser ces 5 premiers films, qu’il conservait toujours chez lui. L’association Peliskan (Bruxelles) – qui fait notamment un travail sur le Festival Super 8 de Bruxelles - nous accueille et rend possible cette numérisation 4K
︎LES FILMS
︎ Histoire off, 26 min (1989)
Format original : 16mm gonflé

Une succession et un puzzle d’images-symboles qui se croisent. Ce film contient des voix qui deviennent des histoires : celles d’une passion torturée pour le cinéma, du fantasme de l’autre, de l'angoisse. Monté à partir de morceaux d’autres projets inabouti, tournés entre Alger et Bruxelles, ce film “figure le rêve inachevé, ou plutôt l’idéal et la raison d’être de Benamara.” (Dj. Boukella)
“Benamra suggère et raconte. Il raconte l’histoire de sa passion pour le cinéma - le bain de pellicule, le sandwich à la pellicule, la strangulation par pellicule - et son amour pour l’ombre fugitive qui traverse l’écran de son rêve,. L’histoire d’une déception aussi, ou d’une impuissance forcée, celé de l’homme au chapeau, jusqu’à ce que tout s’allie pour convoquer et refuser la mort. Lors de sa présentation il y a quelques semaines au Musée du cinéma d’Alger, Benamara a tenu à rectifier son titre : « Histoire off » au lieu de « Voix off » en effet, car derrière toutes ses voix immatérielles, se déroule, le plus souvent en hors champ, l’histoire des passions et des angoisses de son auteur. Monté à partir des rushs d’un projet inabouti, il figure le rêve inachevé, ou plutôt l’idéal et la raison d’être de Benamara. » (Djamel Boukella)
︎ Une manière de vivre (Travelling), 30min (1985)
Format original : Super 8

Le karaté est une morale et une mise en scène qui se rapproche à bien des égards du cinéma. « La morale du film c’est : pour se défendre, il ne faut pas avoir une arme, il faut l’être » (N. Aissaoui)
Ce film est présenté au festival du Film Amateur de Bruxelles en Novembre 1987.
« C’est le premier film algérien de sport : le karaté. « La morale du film c’est : pour se défendre, il ne faut pas avoir une arme, il faut l’être », nous dit Abdelhamid. Le rôle principal est interprété par Lazhar Bekkari, un étudiant à l’ITS de Constantine. » (Nacer Aissaoui « Je serai a Saïda et j’aurai le premier prix », Algérie Actualités)
︎Un film raté, 10 min (1983)

L’envie de départ était de faire un peu de surréalisme, peut-être à cause de l’influence d’un cinéma russe avec beaucoup de symbole. Mais ils rencontrent beaucoup de problèmes pendant la réalisation, ils perdent les accessoires, n’ont plus de moyens : il faut abandonner le film. Mais Hamid souhaite finalement raconter le fait qu’ils ont raté un film. Encore un cinéma qui se raconte, ici dans un “excès de transparence”.
︎ De la vie des amateurs, 30 min, (1982)

Un groupe de jeunes s’organisent pour faire un film. Tourné avec de petits moyens, le film est l’histoire du film en train de se faire, la vie du cinéaste et de ceux qui, avec lui, ont voulu de se raconter avec leur caméra.
Le second film de Benamara est inspiré de La nuit américaine de Truffaut, et raconte comment à la Glacière, ses amis veulent se raconter. Il s’inspire du titre De la vie des marionnettes, de Bergman, même si dans sa tête, ils n’étaient pas des marionnettes.
« Le film raconte l’histoire d’un groupe de jeunes amateurs avec « ses peines et ses joies ». La dernière séquence du film montre un jeune (interprété par Benamara lui même) qui dit à son ami : « J’aurai le premier prix ». C’était un défi. Et le film décroche le prix au festival de Medea. » (Nacer Aissaoui « Je serai a Saïda et j’aurai le premier prix », Algérie Actualités)
︎ Pour une vie meilleure, 31 min (1981)

En 1975 l’Algérie organise les Jeux Méditerranéens et déploie une campagne dans Alger avec le slogan “Pour une vie meilleure”. Dès le départ Hamid Benamra veut parler de lui, montrer ses copains, et qu’on peut naitre dans le même socle mais prendre diverses directions. Ces quatre personnages aspiraient à une vie meilleure.
« Son film (leur film à eux quatre) est une tranquille et angoissante chronique de quelques adolescents qui tentent de saisir le sens de leur existence. Captant les diéfférentes personnalités des ses trois camarades (protagonistes du film), il en trace les traits spécifiques de chacun : l’un est taciturne, l’autre n’arrête pas d’étudier (ce sont les deux lycéens et ils ratent leurs examens), le troisième, prolixe et rappelant AL PACINO par moments, rêve d’intégrer la vie militaire car il ne trouve pas d’autres débouchés. La cité, le lycée, (et cette scène remarquable du professeur aux prises avec un élève qui sirotait tranquillement son café pendant le cours), la grotte, lieu du jeu et des rixes latentes (admirable bagarre sur les rails par la concision du geste et la véracité de l’interprétation), ces espaces qui leur sont trop proches nous sont restitués dans leur sordide apparence presque naturellement et sans artifice. » (M. Abdenour, « Troisième Festival du film amateur de Saida. Séquences et moments forts ». Algérie Actualités no820, 2-8 juillet 1981)
︎BIOGRAPHIE DE HAMID BENAMRA
Hamid Benamra est né en 1964 dans le quartier de la Glacière à Alger.
La première fois qu’il assiste à la projection d’un film, à l’âge de 5 ans dans son école, il est fasciné par le défilement des images dans la machine. Dès ses 12 ans il fréquente assidûment la cinémathèque algérienne et rencontre peu à peu les cinéphiles d’Alger. C’est là que se construit son regard et son envie de faire du cinéma. Il dégote une caméra et se lance.
A l’époque, la ville d’Alger affichait dans les rues ce slogan « من أجل حياة أفضل », pour une vie meilleure, à l’occasion des Jeux Méditerranéens de 1975. Cinq ans plus tard, alors qu’il est en seconde, il réalise son premier film : Pour une vie meilleure (1981). Une vie meilleure, c’est ce à quoi aspire ses personnages, menant leur existence entre poésie et violence, rêve et trivialité.
Lors de la projection publique du film, on lui reproche de ne pas en être l’auteur: un gamin de 17 ans ? Impossible. Son second film De la vie des amateurs, raconte alors cette histoire, celle d’un film en train de se faire, d’une bande de copains épris de cinéma, qui se débrouillent, s’embrouillent, et fabriquent un grand film. Comme un témoignage, et avec des moyens tous petits, il part à la conquête d’un public, un “cinéaste commando” comme il aime s’appeller.
C’est là qu’il rencontre Mouny Berrah, grande critique de cinéma de l’époque et rédactrice en chef de la revue de cinéma et de télévision Les Deux Ecrans. Elle l’invite à montrer ces films dans les locaux de la rédaction, l’encourage et l’aide pour écrire une partie de ses scénarios.
Les premiers films de Hamid Benamra (et peut être tous les suivants aussi) parlent de son quartier, avec lequel il entretient un lien très fort, une relation très profonde et qui l’anime. C’est là qu’il trouve son inspiration, et ses personnages, parmi les groupes de jeunes garçons, ses voisins et sa famille. Mais son œuvre est aussi une déclaration d’amour au cinéma, un amour torturé, douloureux parfois. Son cinéma est du cinéma sur le cinéma, son besoin de créer et ses combats. Son combat dans plusieurs sens du terme, car ses films mettent aussi en scène sa deuxième passion : le karaté.
Grâce à Boudjemaa Kareche, directeur de la cinémathèque algérienne, il gonfle ses films du super 8 au 16mm, et participe à plusieurs éditions du festival du film amateur qui a lieu dans les années 1980 dans les différentes cinémathèques d’Algérie. Il est aussi invité à montrer ses films au festival du Super 8 de Bruxelles, ou encore à Ouagadougou. Mais son cinéma en Algérie reste un cinéma de la débrouille, de la bricole, à la marge des structures de production institutionnelles. Malgré le soutien de Kareche et la reconnaissance d’une partie de la cinéphilie, il doit travailler dans la précarité, se faire donner des bobines, passer exceptionnellement dans la salle de montage, tout ce qu'il faisait était vu comme “petit”, si bien qu’il a compris que devenir cinéaste professionnel n’arriverait pas en Algérie pour lui.
Aujourd’hui, Hamid Benamra est toujours cinéaste, et auteur de quatorze films. Pour en savoir plus : www.nunfilm.com. Il est aussi 4ème Dan de Karaté Shotokan.
En 2024 Talitha a soutenu la numérisation de ses cinq premiers films, tourné à Alger et Bruxelles en super 8 et 16mm. Grâce à l’association Peliskan, ils ont été numérisé en 4K.
︎ LA RUÉE SUR LA PELLICULE. UN TEXTE DE HAMID BENAMRA

La Glacière est un quartier populaire d’Alger. C’est une ancienne usine de glace qui a donné son nom à ce lieu. En janvier, il y faisait un froid qui traversait les os. Le quartier est bordé par une caserne avec deux tours de surveillance. Cela lui confère un côté rassurant.
Je suis né dans ce lieu, à la maison, en 1964.
À force de passer tous les jours devant, durant des années, j’ai pensé par moments devenir militaire et faire des films pour l’armée. Tous les chemins mènent à l’écran, et celui que j’avais dans ma tête est toujours étendu.
Lors de ma première année scolaire, je découvre le cinéma de l’école. La place coûtait 40 centimes. Une somme symbolique que je négociais avec ma mère une fois par mois. Durant la projection, j’étais placé juste devant l’appareil 16 mm. Je me souviens de l’objectif qui laissait passer un faisceau lumineux, lequel inscrivait sur l’écran des visages en noir et blanc.
Le burlesque venait contraster avec nos vies sérieuses. Les séquences de lancer de tartes à la crème me faisaient rager au lieu de me faire rire. La pâtisserie n’était pas à la portée de tout le monde. C’était une fantaisie que l’on goûtait quand un invité précieux débarquait de très loin, ou lors d’une fête de circoncision, d’un mariage ou des rares célébrations du bac.
Max Linder, Chaplin, Keaton, Harold Lloyd, Mack Sennett devenaient des visages familiers.
Les films de cette époque, tournés à 16 images par seconde, parfois 18, donnaient l’impression que nous vivions au ralenti, tellement leur rythme était accéléré. C’est bien plus tard que j’ai pu classer ces noms, reconstituer ce style et comprendre les différents mécanismes de défilement de la pellicule.
La pellicule était un objet fétiche que je voulais posséder à tout prix. Je tenais à avoir cette chose dans les mains. Un jour, un camarade du quartier m’avait fait croire que, dans la décharge publique, il pouvait y avoir des rouleaux de films. Nous avions à peine 7 ans. Je suis allé avec lui à pied, dans une démarche d’explorateurs avides de nouveaux mondes, pour me retrouver dans un tas à la puanteur infernale. C’était la ruée vers la pellicule. Nous avions passé une matinée à manipuler les restes sans perdre l’espoir de tomber sur des boîtes de films. Le retour sans butin fut pénible.
Mon oncle, instituteur, m’avait fait aimer la littérature et me trouvait des livres sur le cinéma.
Je connaissais l’essentiel sur cette invention et sur les différents courants : le cinéma français, américain et russe. Je me posais des questions sur le cinéma algérien, mais ne trouvais rien sur l’Algérie dans ces différents ouvrages.
En cette année 2025, le grand critique libanais Mohamed Rouda m’a consacré trois pages dans son dictionnaire des cinéastes. Plus de cinquante ans après, le rêve prend forme et se raccorde.
Le cinéma du quartier n’était pas bien fréquenté et, en tant qu’enfants, nous avions peur de nous engouffrer dans cette caverne inconnue. Alors, nous avons décidé à plusieurs, le jour de l’Aïd, de faire ce baptême de la salle obscure. Nous avions débarqué, une poignée de têtes curieuses, et avions tendu dans la main d’A’ami Keddour un tas de pièces qu’il n’avait pas le temps de compter.
La lourdeur du tas de pièces donnait l’impression que la somme valait bien nos têtes.
Il nous a laissés entrer sans tickets. C’était une séance au noir afin qu’il ne paie pas d’impôt dessus.
Nous voilà installés en bande organisée, assoiffés d’images. Sans générique, les premiers plans sont ceux d’un film de cape et d’épée qui dure quelques minutes et, brusquement, l’on passe à un film de gangsters de la même durée, suivi d’un dessin animé, pour enchaîner avec un documentaire sur l’eau potable. Nous découvrons les joies du zapping des décennies avant tout le monde.
Ce zapping de tous les genres allait durer deux heures, sans début ni fin ni concordance. On avait à peine le temps d’entrer dans un semblant d’histoire qu’il fallait abandonner le récit pour en adopter un autre. Au bout du troisième cut, on avait deviné qu’on était lancés dans un puzzle interminable.
Il avait collé des bouts de chutes pour la circonstance de l’Aïd. Il avait anticipé le coup des nombreuses pièces.
Plus tard, j’ai compris que ce moment était une clé de ma narration. Il avait fait du Godard ou du Terrence Malick involontairement. En fin de vie, quand Godard a montré à Cannes « Le Livre d’image », il avait fait du cinéma d’A’ami Keddour, ni plus ni moins.
À la sortie de la séance, ceux qui avaient vu racontaient à ceux qui avaient manqué la séance.
C’est là que l’art du raccommodage intervenait. On prenait soin de ne pas divulguer l’arnaque d’A’ami Keddour afin de ne pas reconnaître que l’on s’était fait avoir et d’éviter d’être l’objet de moqueries. On inventait alors une histoire qui regroupait les différents moments de ce montage et on mentait si bien qu’on avait nous-mêmes l’impression d’avoir vu ce qu’on racontait. Se mentir à soi-même pour faire plaisir à ceux qui n’avaient pas les quelques centimes de plus pour accéder à ce lieu devenait une forme de charité intellectuelle bienveillante. Durant des jours, on pouvait raconter ces bouts d’images à ceux qui ne connaissaient pas le contenu de ce récit et, à chaque fois, par oubli ou par tentation d’embellir la narration, on ajoutait ou enlevait des moments.
En 1981, je faisais mon premier film, « Pour une vie meilleure », 55 minutes. Une fiction réelle qui mettait en lumière le quartier. Les quatre protagonistes qui constituaient le film n’étaient qu’un prétexte pour montrer du cinéma. Nous sommes entrés en rivalité avec le cinéma d’A’ami Keddour. Nous avions nos propres images, faites par nous-mêmes.
La particularité de ce travail était que le quartier était vu par lui-même, sans aucun regard extérieur.
Ce premier film avait tellement dérangé les spectateurs que l’on m’avait accusé de l’avoir fait faire par une personne brillante, tellement le cadre, la présence des personnages et le sens du montage ne correspondaient pas à l’idée que l’on se faisait de l’amateurisme. Mouny Berrah, dans le numéro 50 du magazine « Les Deux Écrans », écrivait : « Les trois films de Hamid Benamra mettaient mal à l’aise… » Les gens ne voulaient pas croire que cela pouvait être produit par un adolescent de 17 ans. Je n’avais pas la tête de l’emploi.
« De la vie des Amateurs » vient alors comme une justification du premier film et comme un défi lancé aux sceptiques. Un désir de prouver une identité cinématographique. Le faussaire prétendu ne pouvait pas frapper un second coup. J’avais utilisé les chutes du premier pour évoquer les difficultés du travail. Un vrai recyclage : tout est rentabilisé. C’est dans ce sens que ce film tente d’évoquer cette quête de cinéma et exprime les craintes face au public.
Faire un film sur le cinéma que nous faisions était osé, alors que la filmographie ne comptait qu’un seul film. A’ami Keddour était burlesque sans le vouloir. Il s’était bien moqué de nous, mais avec bienveillance.
Il était un miroir qui nous faisait prendre conscience de nous-mêmes et ouvrait un appétit féroce de filmer et de bâtir un empire de rêves. Son cinéma, durant la décennie noire, est devenu un établissement de douches collectives. D’autres salles se sont transformées en salles de mariage ou en entrepôts pour les moutons.
Hamid Benamra, 2025.
︎ARTICLES / RÉFÉRENCES
︎ Entretien avec Hamid Benamra. Par Lazhari Labter
︎ PAR MOUNY BERRAH
« En trois films, Pour une vie meilleure, De la vie des amateurs et Un film raté, avec des moyens dérisoires, avec un sens du cinéma étonnant, Abdelhamid Benamra interroge cet adjectif étroit dans lequel est enfermé certain cinéma, du vrai cinéma, du cinéma tout court: le cinéma amateur. En trois films, Benamra passe du documentaire à la fiction, sans bavures, si ce n'est celles inhérentes aux moyens techniques mis en œuvre. En trois films, il affirme sa maîtrise du récit, même empreint de références, d'ailleurs avouées et reven-diquées, et d'un symbolisme quelquefois naif, comme il affirme son souci d'inscrire ses récits plan par plan, avec un sens de la mise en scène parfaitement professionnel. Une constante : les trois films de Benamra mettent mal à l'aise. D'abord parce qu'ils disent ce que nombre de films algériens esquissent ou esquivent, selon le cas, ensuite parce que chaque image révèle, au premier niveau, un investissement authentique et productif. Benamra ne triche pas. Ni complice, ni complaisant, le regard posé sur la vie, la sienne, celle d'un adolescent de 1982 dans un quartier populaire d'Alger, est terriblement audacieux, en ce sens qu'il avoue la médiatisation de la caméra. La rue, les terrains vagues, l'en-nui, l'absence tragique de perspectives le contexte socio-culturel d'un groupe d'adolescents se dessine, gagne en netteté jusqu'à l'insupportable, Pas par le discours, par l'image. Belles séquences que celles où trois lycéens se disputent une glace, rue Didouche, ou encore celle du chahut dans une salle de classe qui, à elle seule, donne l'origine du malaise: l'in-communicabilité. C'est que ces jeunes ne se donnent pas à voir, ils se regardent et c'est quelquefois insoutenable parce que la façon dont ils vivent, dont ils se vivent, culpabilise. Celui là a le regard de Brando dans l'Equipée sauvage; ces deux là sortent de Duel au soleil. Et le duel a bien lieu, sous le soleil d'Alger; et il est mortel. Pour une vie meilleure est à aligner aux côtés des analyses et études sur la jeunesse. Il est à consulter en priorité.
De la vie des amateurs rompt tranquillement avec le documentaire, pour raconter l'histoire du film en train de se faire. A aligner avec tout ce qui a pu se dire ou s'écrire sur les conditions de la production cinématographique. A consulter en priorité, parce qu’il n’y met pas les formes, hormis celle de la mise en scène. Il y a là une belle et longue séquence d'interview qui montre que les enfants de Godard ont intelligemment essaimé aussi dans les banlieux d'Alger, saisissant au vol, leur rapport, son rapport, au cinéma. De la vie des amateurs est plein de trouvailles: une ouverture au noir, les indications muettes d'un metteur en scène, et ce cinéaste assassiné: Benamra va jusqu'au bout de chaque idée, jusqu'au bout de chaque émotion. Ce réalisateur qu'il interviewe - interprétant les deux rôles - est un faux. Mais il porte des Ray-Ban, Des vraies. »
Mouny Berrah, « Amateur », Les Deux Ecrans n°50, Novembre 1982, p.39
︎NOTRE APPROCHE
Au sein de l’association Talitha nous militons pour une reprise des histoires du cinéma.
Nous avons ce désir ou cette nécessité de se former soi-même, et de s’approprier les outils techniques, à la manière des cinéastes dits amateurs qui devaient composer avec leurs moyens et connaissances, d’où l’utilisation de formats dits non professionnels, et de films fauchés et sans budget.
C'est le cas des premiers films du cinéaste algérien Hamid Benamra tournés en super 8 dans son quartier au début des années 1980.
Car à côté des grands films “révolutionnaires” qui avaient émergés dans les années 1960 et 1970 à Alger (et ailleurs), d’autres visions du cinéma se forment, ne revendiquant aucune héroïsme, assumant la liberté d’un cinéma autre et difficilement définissable. Un cinéma ni commercial, ni expérimental, ni militant, mais porteur de la puissance d’être un peu tout ça à la fois, ne serait-ce que de part sa fabrication alternative et son désir d’être cinéma (contrairement aux films de familles et autres formes de l’amateur).
Dans leur travail, les Archivistas Salvajes (CUBA) nous rappelle que “le simple fait pour un citoyen ordinaire de documenter ou de recréer la réalité par lui-même, selon sa propre subjectivité et sans aucun contrôle, a toujours été l'un des éléments les plus terrifiants pour ceux qui sont au pouvoir, et c'est généralement celui dont on parle le moins.”
Alors, montrer ces films et ces recherches, c’est aussi pour nous une manière de revendiquer avant tout l’autonomie des moyens de production comme vision révolutionnaire.
︎QUELQUES ARCHIVES



︎REMERCIEMENTS :
Hamid Benamra, toute l’équipe de Peliskan
