︎DIFFUSIONS À VENIR 
03.04.22 Courtisane Festival, Gand
05.04.22 Zone de Rupture, Amiens
29.04.22 Festival du court métrage d’Oberhausen 



︎DIFFUSIONS PASSÉES

20.07.21  FID MARSEILLE, Cinéma Variété
21.07.21  FID MARSEILLE, Vidéodrome
24.07.21 CINEMA RITROVATO Bologne
29.09.21 CINÉMA SPOUTNIK, Genève
30.09.21  FESTIVAL LIBRE du MOYEN MÉTRAGE (FLiMM), Cinéma La Clef, Paris
17.11.21 CENTRE POMPIDOU, Paris
20.11.21 CENTRE D’ART CONTEMPORAIN CHANOT DE CLAMART, Exposition de Randa Maroufi
27.11.21 REMAKE Frankfurter Frauen Film Tage 
7.12.21 CINÉMA L’ARCHIPEL,  Festival Maghreb des Films, Paris
10.12.21 ANOTHER GAZE
30.01.22 CCCB Barcelone
08.02.22 FILMER LE TRAVAIL, Poitiers
28.02.22 CINEMA UTOPIA, Bordeaux
05.03.22 Bi’Bak, Sounding Womanhood, Berlin 
20.03.22 Semaine Asymétrique Polygone Etoilé, Marseille



︎DISTRIBUTION : TALITHA
talitha.contact@gmail.com



︎COLLECTION : 
Musée National d’Histoire Moderne, Centre Pompidou MNAM-CCI



︎DOCUMENTS : 

CARNET DE RECHERCHE
Note 1 : Vincennes au Studio Galande
Note 2 : A la Cinémathèque algérienne



︎ARTICLES :

Ciné-cri. Par Federico Rossin (novembre 2021)

 Violence historique, argumentation visuelle. Par Nicole Brenez (janvier 2022) 








































A LIRE : 



︎ Nicole Brenez pour La Vida útil Décembre 2019
50 FILMS « ÚTIL » RÉALISÉS EN FRANCE

“Dans une liste où prime la radicalité, s’imposent certains films hélas encore invisibles ou difficiles à voir. Les mentionner est une façon de les appeler au jour : Construire un feu de Claude Autant-Lara (1928), Cinéma, Cinéma de Jean-Pierre Lajournade (1969), Ali au pays des merveilles de Djouhra Abouda & Alain Bonnamy (1975)… Je ne peux m’empêcher de penser que, si ces films – parmi d’autres – étaient devenus les classiques qu’ils méritaient d’être instantanément, leur présence aurait changé l’histoire des formes, voire la perception de l’histoire collective.”
...
Ali au pays des merveilles de Djouhra Abouda y Alain Bonnamy, 1975, 49’ À propos de l’immigration algérienne à Paris, Djouhra Abouda et Alain Bonnamy opposent aux dénis racistes l’éloquence brillante d’un conflit documenté : conflit entre les plans, conflits entre les sons, conflits entre les discours, déflagration générale dont la violence symbolique constitue une réponse proportionnée à la violence oppressive du réel.“






︎ Bernard Benoliel, Ali au Pays des Merveilles, Montage Permanent, dans “Engagement, combats, Débats”, “Jeune Pure et dure ! Une Histoire du cinéma d’avant garde et expérimental en France”, N. Brenez et C. Lebrat, 2001

“ Se servir du montage comme d’une arme, faire de la politique par le montage, c’est bien sûr l’héritage soviétique. Mais même sans référence, c’est ne plus croire à la vertu des seuls mots et des paroles pourtant critiques, c’est passer à l’acte et espérer d’un brutal rapprochement d’images ou d’une association « incorrecte » un ébranlement des jugements et des préjugés, une nouvelle compréhension des phénomènes, au moins un scandale. C’est inventer des formes qui figurent un discours. “

“ Seul contre tous, seulement armé de sa certitude et d’un 16mm lucide aussi (film sans début ni fin, perspectives optiques bouchées, misère, détresse sexuelle) Ali au pays des Merveilles organise quand même à la force du filmage la remontée au grand jour des corps ensevelis.” 






︎ Jean-Michel Bouhours, dans L'art Du Mouvement - Le Cinéma D'artiste Dans Les Collections Du Musée ... Musée National D'art Moderne, 1916-1996, Edition 1997

“ Ils réaliseront ensemble entre 1972 et 1977 trois films, aujourd'hui injustement oubliés. Se refusant à produire toute narrativité, les deux premiers films d'Abouda et Bonnamy, Algérie couleurs (1970-1972) et Cinécité(1973-1974) ont été élaborés sur le principe d'un véritable métissage de cultures dynamisé par la fascination réciproque de l'autre. Véritables actes d'amour, ils ont été conçus comme des assemblages kaléidoscopiques à partir d'un paradigme musical. Dans Algérie couleurs , la couleur et la lumière du Maghreb, de ses rues et de ses maisons, sont appréhendées dans une construction rythmique, à la manière d'une toccata vivace. Pour autant Abouda et Bonnamy superposent à la dynamique visuelle une bande sonore “collagiste” qui participe grandement du
foisonnement sensoriel de ces films, où se manifeste métaphoriquement un va-et-vient quasi permanent entre sonorité musicale orientale et occidentale. Le saxophone débridé d'un Albert Ayler télescope la voix enjôleuse d'Om Kalsoum dans Cinécité , un film entièrement dédié à Paris, la ville cosmopolite et pluriculturelle de leur propre histoire. “




︎ Wassyla Tamzali dans En attendant Omar Gatlato : regards sur le cinéma algérien, 1979, Anep (Ré-édition prévue en 2022) 

“Par des images rapides et saccadées ou soudain figées, la caméra de Djouhra Abouda nous donne un portrait exact, aigu de la ville de Paris et de ces “parisiens” malgré eux : les émigrés. Marquant une cassure avec le regard naïf, contemplatif et descriptif des autres films émigrés, cette jeune femme nous apporte pour la première fois des images intériorisées, conscientisées de ce phénomène très particulier “l’émigration”.”






︎ Tahar Ben Jelloun , Djouhra et Ali au pays des merveilles, Le Monde, 3 janvier 1977

Ali au pays des merveilles est un film sur le temps et l’usure. La dérision et la mélancolie de l’histoire. Les auteurs montrent bien le lien politique entre la colonisation et l’émigration. Ce n’est pas un film militant. C’est autre chose : un regard qui détourne le quotidien et redonne à la misère et à l’exploitation dont sont victimes les travailleurs émigrés, les dimensions du fantastique. Le réel donné et découpé est encore plus fort, plus surprenant que la fiction : il est aussi plus violent que le discours politique” 


︎













ALI AU PAYS DES MERVEILLES


de Djouhra Abouda et Alain Bonnamy 
France, 1976, 16mm, 59 min

Musique : Djamel Allam / Montage : Nadia Fassil / Assistant réalisateur : Jean Michel Marchais

︎NUMÉRISATION ET RESTAURATION 4K réalisées en 2021 par l’Image Retrouvée à partir des négatifs originaux 16mm et d’une copie d’exploitation 16mm. Projet de recherche et de restauration mené par Talitha en collaboration avec Djouhra Abouda et Alain Bonnamy.

« Toutes les images ont été filmées comme des coups de poing »[1] pour ce film expérimental, politique et radical sur la condition des travailleur.seuse.s immigr.é.e.s en France au milieu des années 1970. Ali au Pays des Merveilles de Abouda et Bonnamy est un cri contre l’exploitation et le racisme, qui pointe sans concessions le rôle de l’état français, des médias, du capitalisme et de la colonisation dans ce système de domination qui vient broyer ce.ux.lles qui le subissent.

Tourné en 16mm, le film allie une puissance formelle et esthétique inventive avec un propos militant. « J’ai posé une loupe sur les gestes quotidiens des travailleurs émigrés » raconte Djouhra Abouda.[2] Le film a nécessité une année de repérage et de recherche (il s’ouvre sur une longue et silencieuse liste des crimes racistes pour l’année 1975), ainsi qu’un minutieux travail plastique (plans saccadés, distorsions, surimpressions, décalages, ralentis et accélérés). Des images composées et montées avec la musique de Djamel Allam nous emmenant du documentaire vers le ballet (celui du ramassage des ordures), la comédie musicale (celle du temps, de la pénibilité et de l’usure) ou même le fantastique (surimpression de visage sur les tombes de soldats morts pour la France en 14-18). Le film donne également voix aux plus oubliées, les femmes, grandes absentes des films et documents sur les luttes des travailleur.se.s immigré.e.s.

Au sein du département cinéma du Centre Universitaire de Vincennes (créé après mai 1968) qui leur offrait alors une large liberté d’apprentissage et d’expérimentation[3], Abouda et Bonnamy avaient déjà réalisé deux courts-métrages expérimentaux Algérie Couleurs (1972) et Ciné-Cité (1974)[4]. Avec Ali au pays des merveilles, ils veulent sortir le cinéma expérimental, qu’ils jugent souvent purement formel, de son "ghetto » en s'attaquant à des problématiques politiques et sociales, sans pour autant réaliser un film militant dogmatique. « En tant qu’algérienne j’étais désireuse de travailler sur la matière cinématographique car je ne voulais pas copier le cinéma français » [5]

Loin de toute contemplation ou représentation de la misère, cette tentative d’un cinéma différent, permet l’émergence d’une violence esthétique et politique, à la fois dénonciatrice et libératrice.

Produit de manière totalement indépendante, il sera largement diffusé dans les réseaux alternatifs et dans des contextes de luttes, ainsi qu’à la Cinémathèque algérienne en 1976

Malgré cela, ce film pourtant essentiel à nos histoires politiques et esthétiques restera à la marge, victime peut-être également de sa non-conformité avec les deux courants qui s’opposaient alors, le cinéma d’intervention (ou cinéma militant) et le cinéma expérimental, dont il venait avec force de dynamiter les contours.

Après ce film, les co-réalisateur.trices.s quitteront le cinéma pour d’autres moyens d’expression. Djouhra Abouda est aujourd’hui connue sous le nom Djura pour avoir monté à la fin des années 1970 le groupe de musique d’expression kabyle aux revendications féministes Djurdjura. Alain Bonnamy est architecte et photographe. Il réalisera à nouveau un fllm au banc-titre tourné à partir d’une série de photographies dans les cimétières du Caire  Le Caire, la Cité des morts, en 1986.

(Léa Morin)



[1] Cinémas de l’Emigration, Cinemaction n°8, entretien de Djouhra Abouda avec Guy Hennebelle, été 1979

[2] Djouhra et Ali au pays des merveilles, Tahar Ben Jelloun, Le Monde, 3 janvier 1977
 
[3] Ils y ont notamment collaboré avec des cinéastes expérimentaux comme Guy Fihman et Claudine Eizykman ou encore Giovanni Martedi.

[4] Programmés notamment par Peter Kubelka dans l’exposition inaugurale du Musée National d’Art Moderne de Paris Une Histoire du cinéma (1976-1977).
Djouhra Abouda avait également réalisé un précédent court-métrage Opus.

[5] Cinémas de l’Emigration, Cinemaction n°8, entretien de Djouhra Abouda avec Guy Hennebelle


︎REMERCIEMENTS : 
Davide Pozzi et toute l’équipe de l’Image Retrouvée / Eclair Classics,
Jonathan Pouthier et le Musée National d’art moderne, Centre Pompidou,
ainsi qu’au Centre National du Cinéma et de l’Image Animée (CNC) et au Polygone Etoilé.














© Talitha, 2021